
Résidence et exposition
04.04 > 24.05.2026
LE GARAGE Centre d'art
1 rue du Général Foy
Amboise
« Chaque goutte coule inexorablement vers la mer. »
Marin Schaffner, auteur, traducteur et éditeur, ethnologue de formation. Citation tirée de Les Veines de la Terre, une anthologie des bassins versants.
La résidence de Anaïs Dunn au Centre d’art Le Garage déploie un travail qui interroge notre manière d’habiter un territoire, en partant de ce que nous ne voyons presque jamais.
L’artiste ne cherche pas à recréer des phénomènes grandioses, mais à rendre perceptible ce qui circule silencieusement sous nos regards alors son geste n’est pas celui de l’imitation, mais celui de la traduction : traduire des dynamiques invisibles en formes sensibles.
Minerais, verre, plastique, eau ou lumière deviennent les acteurs d’un récit matériel où chaque fragment compte. Cette attention au détail rejoint l’esprit de Les Veines de la Terre, une anthologie des bassins versants de Marin Schaffner, qui invite à penser le territoire comme un ensemble de circulations plutôt que comme une simple carte.
À Amboise, dans le bassin versant de la Loire, Anaïs Dunn s’inscrit physiquement dans ce réseau vivant par sa création artistique. L’exposition prolonge cette immersion en donnant une présence tangible aux flux discrets de l’eau et du sol. Son intérêt pour les biotopes microscopiques, en écho aux recherches menées par Loire sentinelle, déplace notre regard vers les micro-organismes qui composent le paysage. Au microscope, plantes, bactéries et particules révèlent un monde foisonnant, fragile et interdépendant.
Plutôt que de dramatiser la crise écologique, l’artiste en montre la texture intime. Il en résulte des installations qui fonctionnent comme des chambres d’écho où se rencontrent nature transformée et matières industrielles. Le plastique n’y est pas seulement un symbole de pollution, mais un matériau traversé par l’histoire géologique du pétrole. L’eau devient mémoire, surface de projection et archive vivante.
Anaïs Dunn agit en exploratrice attentive, collectant, dessinant, filmant, pour conserver la trace de paysages menacés. Mais cette archive n’est jamais un retour sur le passé : elle est tournée vers une prise de conscience active. Le spectateur n’est plus face à un panorama, mais immergé dans un tissu de relations dans lequel l’artiste rend visible l’invisible.
L’exposition invite ainsi à considérer que chaque geste humain agit sur un ensemble plus vaste.
Plus qu’une démonstration, le travail d’Anaïs Dunn propose une expérience sensible : apprendre à voir autrement pour, peut-être, vivre autrement.
Clémence Thébault, responsable du Centre d'art Le Garage.