ÉQUIPÉE HORIZONTALE — Les Abords, Brest (29), 2020

Anaïs Dunn est en Islande, au milieu d’une lagune glaciaire. Elle filme les entrailles d’un iceberg. Sous la belle couleur bleutée, le non-vu, l’érosion accélérée, le battement inégal d’un cœur en désagrégation. Cette maladie est transposée dans ses grandes figures couvertes de rouille. Transposée et transcendée : il y a du beau dans cette figuration géométrique qu’Anaïs Dunn nous restitue inlassablement de la nature, dans ces polyèdres originaires qui résistent tant bien que mal aux pratiques humaines ; dans le tremblement étouffé de la roche tapissée de carburant (Tension), dans les filets aériens qui traduisent la composition première d’un brouillard givrant [Sculpture atmosphérique]. L’opacité et la décomposition sont transfigurées dans ce travail [et] donnent la réplique à ce vide, aux lignes fragiles et maitrisées [...]. Ce dialogue figure une harmonie sur la base des parfaits complémentaires. Rendre la nature à sa géométrie élémentaire. [...]

Fátima Rodríguez, écrivaine, traductrice et maître de conférence à l’Université Bretagne Occidentale.

Si le travail d’Anaïs Dunn fait parfois appel à des matériaux lourds, tels que l’acier ou le verre, il y a dans son oeuvre un dispositif de la limite, quelque chose de ténu qui cerne l’impalpable et par là le révèle. Peut-être, comme le plein rend compte du vide, son travail consiste-t-il à mettre en évidence ce qui ne nous est pas immédiatement perceptible, une autre matière dont on ne sait si elle est physique ou poétique.

Dominique Jézéquel, artiste

SculpteurEs #2 — Le Cap, Plérin-sur-mer (22), 2019

Entre installation et sculpture, Anaïs Dunn travaille des matérieux « nobles » aussi bien que « pauvres » comme le plastique. « Je m’intéresse à l’impermanence des choses et ma production parle beaucoup des pollutions, un thème qui sert de déclencheur à la création d’oeuvres, y compris in situ. » Elle y présente [...] Total eclipse, un disque noir d’un mètre de diamètre posé contre le mur, dont la face arrière est recouverte de bitume reflétant fortement ce qui se trouve devant. Elle dévoile également l’étonnante vidéo Sculpture for space, qui documente l’envoi dans l’espace d’une sculpture en verre soufflé sous un ballon léger dilatable, en partenariat avec le Centre national d’études spatiales. [...]

Mickaël Faujour, Revue de la Céramique et du Verre, n°228, septembre-octobre 2019

DÉNATURE — Carte blanche, Espace d’exposition de l’Artothèque de Saint Cloud (92), 2018

Anaïs Dunn investit l’espace avec des installations qui trouvent leur genèse dans ses observations de la nature, et plus particulièrement des outrages subis par celle-ci. A travers sa démarche plastique, elle pose un regard critique sur les actions répréhensibles que l’humain fait subir à son environnement. Des formes en papier imprégnées d’huile noire, des sculptures gonflables réalisées en sacs plastiques, [...] des bâches translucides agissant comme filtre occultant, et la collecte dans une pharmacie d’échantillons de verre contenant ses revendications, sont autant de réflexions sur la vulnérabilité de notre environnement naturel. Elle convoque ainsi la notion de « dénature » pour qualifier cette nature travestie, souillée et affaiblie par les agissements inconséquents de l’humanité.

Aurélie Chardin, coordinatrice de l’Artothèque de Saind Cloud, ECLA